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Un an après, qu'a fait le gouvernement de son plan biodiversité ?

En juillet 2018, Nicolas Hulot présentait le plan biodiversité du gouvernement avec deux priorités : la lutte contre l'artificialisation des sols et les méfaits de l'agriculture intensive. Deux batailles qui sont loin d'être gagnées.

Biodiversité  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com

"Ce plan marque le coup d'envoi d'une mobilisation sans précédent du gouvernement et des acteurs à tous les niveaux pour combattre le déclin de nos écosystèmes", avait déclaré Nicolas Hulot en présentant le plan biodiversité le 4 juillet 2018. Moins de deux mois après, il démissionnait. "Est-ce-que nous avons commencé à enrayer l'érosion de la biodiversité ? La réponse est non", expliquait l'ex-numéro 3 du gouvernement en annonçant son départ.

Un an après ce lancement, le gouvernement, délesté de cette figure emblématique de l'écologie, se targue d'avoir engagé 95 % des 90 actions prévues par le plan. La lecture est très différente du côté des associations de protection de l'environnement qui ont fait leur propre bilan. Elles estiment que 82 % des actions engagées sont non-satisfaisantes, voire inacceptables. Plutôt qu'une bataille de chiffres, il paraît intéressant de se pencher sur les deux combats qu'avait mis en avant Matignon : la lutte contre l'artificialisation des sols et la mutation de l'agriculture intensive.

Lancement d'un observatoire de l'artificialisation

Sur le premier point, la mesure phare est la limitation de la consommation d'espaces naturels, agricoles ou forestiers en vue d'atteindre l'objectif de zéro artificialisation nette. La rédaction du plan est toutefois très prudente puisqu'il vise seulement à définir "en concertation, avec les parties prenantes, l'horizon temporel à retenir pour atteindre [cet objectif] et la trajectoire pour y parvenir".

Un an après, le ministère de la Transition écologique annonce la mise en ligne imminente d'un observatoire de l'artificialisation établi en concertation avec les collectivités territoriales à partir des données produites par le Cerema. Il indique également avoir finalisé une instruction sur les documents d'urbanisme destinée aux préfets afin qu'ils intègrent cet impératif. Le gouvernement avait annoncé il y a un an le renforcement du contrôle de légalité de ces documents. A l'hôtel de Roquelaure, on indique aussi avoir mis en place un groupe de travail sur la renaturation des friches. Une mise en place tardive qui fait douter de la capacité du gouvernement d'atteindre l'objectif de soutenir dix projets innovants de désartificialisation de sites dégradés d'ici 2020.

Sur l'objectif lui-même du zéro artificialisation, le ministère a commandé deux études à France Stratégie et au CGEDD. Il juge en effet insuffisant le rapport remis en mai par le Comité pour l'économie verte pour lui permettre de déterminer à quelle date l'objectif pourra être atteint. "Le ministère considère que les actions sont engagées, en fait ce sont les évaluations qui sont lancées", tacle Sandrine Bélier, directrice de l'association Humanité et Biodiversité. En attendant ces nouvelles expertises, l'artificialisation des sols se poursuit comme le montre une étude de l'Iddri publiée en janvier dernier.

Dérogations trop fréquentes accordées aux agriculteurs

Quant à l'objectif de faire de l'agriculture une alliée de la biodiversité, le ministère de la Transition écologique reste un peu sec, se contentant de rappeler que les objectifs du plan restent valables. Sur la réduction de l'usage des pesticides, il rappelle l'interdiction de vente aux jardiniers amateurs qui a succédé à l'interdiction de leur utilisation par les collectivités en… 2017. Et met en avant l'interdiction des néonicotinoïdes et le succès de la labellisation "Terre saine" auprès des collectivités.

"Nous développerons de nouvelles solutions pour accompagner la transition des pratiques agricoles consécutives à la sortie des pesticides dans le cadre d'Ecophyto et d'un programme de recherche spécifique doté de 30 millions d'euros", prévoit le plan biodiversité. "Avec Ecophyto, plus on met de l'argent, moins ça avance", réagit Jean-David Abel, vice-président de France Nature Environnement (FNE). Quant à la task-force qui doit suivre le plan de sortie du glyphosate en trois ans, "on n'avancera pas tant qu'il n'y aura pas de réelle volonté de l'Etat", pointe le responsable associatif. "L'Agence nationale de sécurité sanitaire a estimé en novembre 2018 que l'action de l'Etat était insuffisante pour protéger les abeilles et insectes pollinisateurs contre les pesticides, pointant notamment du doigt les dérogations trop fréquentes accordées aux agriculteurs pour  autoriser leur usage", rappellent les ONG environnementales.

Le ministère se défend en mettant en avant les paiements pour services environnementaux (PSE), qui constituent également un objectif du plan. La secrétaire d'Etat Emmanuelle Wargon a indiqué le 1er juillet, lors de la restitution de la deuxième phase des Assises de l'eau, que les agences de l'eau étaient mobilisées à hauteur de 150 millions d'euros pour soutenir ces pratiques. Un chiffre déjà annoncé lors du lancement du plan biodiversité. Entre-temps, la FNSEA a lancé de son côté un service de contractualisation avec des collectivités ou des entreprises, qui permet de rémunérer les agriculteurs qui mettent en œuvre des mesures de compensation ou des projets de territoire permettant de regagner de la biodiversité.

Quant au développement de l'agroécologie, le ministère de la Transition écologique met en avant un soutien de 50 M€ supplémentaires pour la conversion au bio à compter de 2020. Le plan biodiversité affiche l'objectif d'atteindre 15 % de la surface agricole utile en bio en 2022. Cet objectif est en bonne voie puisque cette surface est passée de 6,5 % en 2017 à 7,5 % en 2018. "La croissance est très soutenue mais le gouvernement est en retard sur le paiement des aides. C'est grâce au marché et non à l'exécutif que l'objectif sera atteint", pointe Jean-David Abel.

Un plan en solo

Si le gouvernement porte la biodiversité à un haut niveau sur l'agenda politique international à travers plusieurs rendez-vous internationaux, et ce dans un contexte d'effondrement général des espèces, il peine en revanche à convaincre dans les frontières hexagonales.

"Nos victoires aujourd'hui, c'est quand on empêche une défaite", déplore Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). "Nos associations ne sont pas sollicitées par le ministère de la Transition écologique qui fait son plan en solo", fustige le responsable associatif.

Réactions13 réactions à cet article

 

On croit être dirigés par un gouvernement. Erreur, ce n'est qu'une agence de com'!

adjtUAF | 04 juillet 2019 à 10h45
 
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Eh oui malheureusement certains élus Manchois sont dans le déni total du réchauffement climatique et continuent d'artificialiser les terres agricoles à tour de bras.

BJ50320 | 04 juillet 2019 à 10h49
 
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La biodiversité est gérée en tous lieux décisionnels comme un paramètre économique : si son intérêt est bon pour le compte de résultat, via le tourisme "vert", le marketing ou le recrutement électoral, on en accepte un peu, momentanément ; en revanche, dès qu'il y a arbitrage avec l'économique, c'est perdu d'avance pour elle. Rien n'a changé depuis qu'Homo sapiens est Homo sapiens, si ce n'est la diversité des outils et l'intensification des moyens techniques de pression aboutissant à la bousiller, sciemment ou inconsciemment.
Ce schéma de pensée purement comptable est bien ancré dans pas mal de têtes du ministère de la transition écologique, la plupart de ces cadres étant issus de corps d'Etat où la notion de biodiversité est absente, si ce n'est en chiffres.
La situation est tragique mais tant que l'orchestre continue de jouer en première classe, les apparences sont sauves et c'est bien l'essentiel pour nos élites.

Pégase | 04 juillet 2019 à 16h11
 
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L'agriculture intensive consistant à produire davantage sur des surfaces restreintes, elle est logiquement un atout pour la préservation des sols.
Les agriculteurs "intensifs" ne sont pas les criminels empoisonneurs décrits dans ce fil. Ils connaissent leur métier et sont parfaitement aptes, si accompagnés (et non pas largués au grand vent des accords commerciaux intercontinentaux de la Commission européenne), à réaliser des productions dans le respect de l'environnement.
Sincères salutations.

Albatros | 04 juillet 2019 à 19h14
 
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L'agriculture intensive consistant à produire davantage sur des surfaces restreintes (et ne pouvant économiquement "prospérer" qu'à cette condition), elle est logiquement .....amenée à recourir à des moyens chimiques qui sont une menace à la préservation des sols (et à la santé des agriculteurs eux-mêmes).
"Les agriculteurs" (je me méfie toujours généralisations...) ne sont pas plus des criminels que des .....bisounours!

adjtUAF | 05 juillet 2019 à 09h22
 
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@adjtUAF, reprochez vous à votre boulanger d'être "intensif" ?
La production intensive est difficile car il faut utiliser tous les facteurs de production, y compris chimiques avec la prudence requise (ex des fongicides nécessaires pour éviter l'ergot).
Les agriculteurs sont effectivement pluriels, comme toute population, et c'est pourquoi la diabolisation de leur syndicat (qui est un syndicat de patrons) qui a cours dans ce fil est une ânerie (la FDSEA de la Drôme n'a rien à voir avec celle des Côtes d'Armor ou du Loiret et pourtant elles sont toutes affiliées à la FNSEA).

Albatros | 05 juillet 2019 à 10h36
 
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Détrompez-vous, Albatros, les FDSEA de la Drôme, des Côtes d'Armor, du Loiret et toutes les autres ont au moins un point commun : la détestation de l'écologie ! Sauf si, comme par les temps qui courent, le consommateur montrant de plus en plus d'appétit pour des produits alimentaires AB, il y a un beau marché en croissance. Mais cela reste avant tout un marché, "de l'économique" comme le disent toutes (je ne cours pas grand risque de me tromper) les FDSEA.
Les agriculteurs mais aussi les agricultures doivent être pluriels, et c'est aussi dans l'obstruction voir le combat systématiques de cette pluralité nécessaire et vitale que les FDSEA se sont illustrées au cours des quelques 50 dernières années. Et mon petit doigt me dit qu'elles ne vont pas de sitôt changer de leitmotiv, les enjeux financiers et de pouvoir au sein du milieu agricole étant ce qu'ils sont... Et cette ADN là, c'est un autre point commun de toutes les FDSEA. Si celles-ci se trouvent diabolisées dans ce fil (mais aussi dans la vraie vie), il y a peut-être des raisons fondées sur des constats...

Pégase | 05 juillet 2019 à 11h42
 
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@Albatros
Quand bien même elle soit encore (hélas...) majoritaire, la FNSEA n'est pas LE syndicat des agriculteurs mais UN syndicat parmi d'autres, même si elle fait tout pour marginaliser ses concurrents dans les institutions. En cela elle est pour le moins aidée par le fait que plusieurs de ses secrétaires généraux soient devenus ministres de l'agriculture de gouvernements (le plus souvent de droite, c'est à dire d'équipes les plus pro agro-business, ceci expliquant cela).
Il est d'ailleurs étonnant que ce mélange des genres s'effectue dans une indifférence générale: j'imagine le tollé que ferait la nomination d'un secrétaire de la CGT comme ministre du travail!

adjtUAF | 05 juillet 2019 à 12h05
 
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Fort bien vu, adjtUAF !

Pégase | 05 juillet 2019 à 13h02
 
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Ici, on n'aime pas les syndicats de patrons et on aime encore moins la contradiction.
Je persiste à affirmer la diversité des FDSEA qui reflète une grande diversité des agricultures de notre pays.
Il y a aussi d'autres syndicats agricoles qui ont droit de cité sans restriction: coordination rurale, confédération paysanne, MODEF...
Je pense que vous préféreriez une hégémonie de la conf' mais ce n'est pas le cas. Et gare au loup...
Je persiste sur ce fil car j'y sens une certaine intelligence et comme j'aime la controverse. Mais faites un peu gaffe de ne pas sombrer dans le dogmatisme "vertueux".
Avec mes salutations respectueuses.

Albatros | 05 juillet 2019 à 13h09
 
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@Albatros
Décidément, pour quelqu'un qui ne veut pas sombrer dans le dogmatisme, vous avez des difficultés avec la pensée "complexe" (= non binaire et caricatural). Nul ne parle ici des "syndicats de patrons"; on discute de l'idéologie et de la politique de l'un d'entre eux dans un secteur bien particulier, syndicat qui a des accointances très singulières avec un certain monde politique.
Quant à mes supposées préférences, merci de me laisser les exprimer moi même, si tant est qu'elles intéressent quiconque!

adjtUAF | 05 juillet 2019 à 14h28
 
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Caricatural est un adjectif qui définit bien l'entre-soi qui règne dans ce fil que je fréquentais car j'y trouvais quelques idées intéressantes et, surtout, un point de vue différent du mien.
Mais avec les réactions quasi militaires de l'adjtUAF, ça devient lassant.
Excellent été tout de même. Et bon courage pour dénoncer le complot de tous ceux qui ne sont pas d'accord avec vous, en restant bien entre gens vertueux, évidemment.

Albatros | 14 juillet 2019 à 20h26
 
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@ Albatros : je crois comprendre ce que vous exprimez, tant j'ai bien connu ce sentiment dans ma vie professionnelle, notamment dans ces commissions préfectorales où l'on vient benoitement avec ses textes du codes de l'environnement sous le bras et où l'on comprend une fois de plus que l'on est juste la plante verte qui permet à l'administration d'obtenir sa composition conforme aux textes ou son quorum, toutes les décisions ayant déjà été prises en amont et en toute discrétion avec les lobbies concernés par l'objet des commissions en question (eau, chasse, forêt, PLU, Natura 2000, etc.).
Je pense que vous jouissez malgré tout du confort de communiquer par écran interposé, et non de devoir vous justifier à tout bout de champ de demander l'application de textes règlementaires face à une assemblée de vraies personnes qui n'en a que faire et qui veut juste obtenir de l'autorité préfectorale un nième passe-droit pour contourner la loi.
J'y ai été abondamment confronté à cet entre-soi que vous dénoncez !

Pégase | 31 juillet 2019 à 23h35
 
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