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Biodiversité et climat : Emmanuel Macron à la relance

Le président français a accueilli la 4e édition du One Planet Summit en vue d'accélérer l'action internationale en matière de climat et de biodiversité. Plusieurs coalitions sont lancées avant une nouvelle année «  décisive ».

Gouvernance  |    |  Laurent Radisson  |  Actu-Environnement.com
Biodiversité et climat : Emmanuel Macron à la relance

L'année 2020 devait être l'année de la biodiversité. Ce fut une année blanche avec la crise sanitaire, comme le reconnaît l'Élysée. La plupart des sommets internationaux ont été repoussés, l'engagement des États en faveur du climat et de la biodiversité s'est émoussé et le multilatéralisme en a pris un coup.

Emmanuel Macron a tenté de remobiliser les troupes en accueillant ce 11 janvier à Paris le One Planet Summit. Une quatrième édition de ce sommet lancé en 2017 par le président français, le secrétaire général des Nations unies et le président de la Banque mondiale, et dont les deux éditions précédentes avaient eu lieu à New-York et à Nairobi. Cette fois-ci, la biodiversité est mise en haut de l'affiche de cette rencontre qui a rassemblé, de manière virtuelle, chefs d'États, de gouvernements et représentants d'organisations internationales, d'institutions financières et du secteur économique. « Enfin la biodiversité arrive au niveau de préoccupation du climat », s'est félicitée la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili.

Il s'agit d'une nouvelle diplomatie multi-acteurs avec des logiques de coalitions, explique l'Élysée. « Depuis 2017, ce rendez-vous annuel a donné lieu à l'émergence de plus de trente coalitions multi-acteurs. Pourtant, (…) une grande majorité (68 %) ne communique absolument pas sur son système de suivi et les résultats des annonces prononcées lors de ces sommets », pointe toutefois le Réseau Action Climat (RAC).

Mais c'est aussi une manière de relancer la machine diplomatique avant les grands rendez-vous internationaux repoussés à cette année : Congrès mondial de la nature à Marseille, COP 15 sur la biodiversité à Kunming en Chine, COP 15 sur la désertification et COP 26 sur le climat à Glasgow. Un certain dégel s'est déjà amorcé avec plusieurs événements marquants intervenus à l'automne, même si les engagements des États dans le cadre de l'Accord de Paris sont encore loin d'être à la hauteur : l'annonce par la Chine d'un objectif de neutralité carbone en 2060, l'élection de Joe Biden à la tête des États-Unis, ou le nouvel objectif climat de l'Union européenne faisant suite au lancement de son Pacte vert. Les changements de présidence du G7 (Grande-Bretagne après les États-Unis) et du G 20 (Italie après l'Arabie saoudite) devraient également améliorer l'action diplomatique.

Quatorze milliards pour la Grande muraille verte

Qu'apporte concrètement ce « énième Sommet sur la planète » comme l'a qualifié l'ancienne ministre de l'Environnement Ségolène Royal ? Six initiatives internationales sont lancées ou relancées. C'est tout d'abord l'accélération du projet de Grande muraille verte, ce projet qui vise, d'ici 2030, à restaurer 100 millions d'hectares de terres dégradées dans les onze pays de la bande soudano-sahélienne. Le sommet a rassemblé les acteurs de la finance publique et privée qui ont annoncé une enveloppe de 14,3 milliards de dollars sur la période 2021-2025.

Le One Planet Summit a également porté deux coalitions destinées à protéger les écosystèmes, marins comme terrestres. En premier lieu, la « Coalition de la haute ambition pour la nature et les hommes », une initiative lancée par le Costa Rica, la France et la Grande-Bretagne. Cinquante pays, au lieu de la vingtaine précédente, se sont engagés sur l'objectif de protéger 30 % de leur territoire et de soutenir cet objectif lors de la négociation du nouveau cadre stratégique mondial pour la biodiversité lors de la COP 15. Un objectif que le président de la République a annoncé vouloir tenir dès 2022 en France, avec 10 % d'aires protégées à protection très forte. Ces objectifs seront inscrits dans la stratégie nationale pour les aires protégées qui doit être publiée d'ici quelques jours.

« Pour atteindre une protection de 30 % de l'océan, des aires marines protégées (AMP) devront être établies en haute mer (…). Il n'est actuellement pas possible d'établir des AMP en haute mer car il n'existe pas de cadre juridique pour le faire », pointe toutefois la coalition High Seas Alliance. Celle-ci appelle de ses vœux la négociation finale du traité sur la haute-mer, après le report de la conférence qui devait se tenir en mars 2020.

Le Sommet a également permis de promouvoir la « Coalition pour une mer Méditerranée exemplaire en 2030 » qui ne rassemble pour l'instant que six pays (France, Espagne, Italie, Monaco, Tunisie, Commission européenne). L'Élysée souhaite la porter lors du congrès de l'UICN de Marseille et lors d'un Sommet des deux rives dont le palais annonce l'organisation.

Mobiliser la finances en faveur de la biodiversité

Trois autres coalitions sont destinées à mobiliser les financements en faveur de la biodiversité. La « Coalition pour la convergence des financements en faveur du climat et de la biodiversité » vise à assurer que 30 % des financements climat publics privilégient les solutions fondées sur la nature. L'idée est de combattre les effets « désastreux » de fonds verticaux comme le programme Redd de lutte contre la déforestation qui, dans un premier temps, avait oublié la protection de la biodiversité et des populations autochtones. La France prend l'engagement de respecter ce seuil des 30 % d'ici 2022 pour son aide bilatérale pour le climat.

La « Task force on nature-related financial disclosure », portée par le gouvernement britannique, fédère, quant à elle, l'engagement des acteurs financiers en faveur de la nature, à l'instar de ce qui existe pour le climat. Le Prince Charles a également lancé une nouvelle coalition, la Terre Carta, avec la création d'une alliance d'investisseurs privés en faveur de la nature visant 10 milliards de dollars d'ici 2022.

Enfin, le One Planet Summit a consacré une table ronde au lien entre la déforestation, les espèces et la santé humaine, dans laquelle est intervenue la chancelière allemande Angela Merkel. Dans ce cadre, une initiative internationale, basée sur la science autour du concept One Health et dénommée « Prezode », a été lancée. Elle visera à identifier et réduire les principaux facteurs à l'origine des risques d'émergence zoonotiques. Le sommet a aussi été l'occasion de faire un point d'étape de l'Alliance pour la préservation des forêts tropicales et humides qui avait été lancée lors du G7 de Biarritz en août 2019.

Des soutiens qui font taches

Mais le volontarisme de la France dans les grands raouts internationaux est tempéré par la réalité de sa politique. Au plan national d'abord, avec certaines décisions qui font taches comme la réautorisation des pesticides néonicotinoïdes, dont l'impact désastreux sur la biodiversité n'est pas contestable. Mais aussi, à l'international, dans sa politique de soutien à des projets très nuisibles au climat et à la biodiversité.

Ainsi, l'ONG 350.org dénonce plusieurs méga-projets pétroliers et gaziers « dans lesquels la France joue un rôle central et qui pourraient venir anéantir les efforts en cours pour respecter l'Accord de Paris et la Convention sur la diversité biologique ». Et de citer : projets gaziers dans l'Arctique menés par Total et Novatek, oléoduc de pétrole brut en Afrique de l'Est mené par Total, exploration du gaz de schiste dans le désert du Sahara auquel serait aussi associé l'énergéticien, oléoduc trans-adriatique soutenu par la BPI, la BEI et des banques privées comme la Société générale.

« On ne peut pas simultanément avoir un ambassadeur chargé des pôles et soutenir, via nos garanties à l'export, la course au gaz dans l'Arctique qui est l'une des premières zones affectées par le changement climatique et dont le péril met les peuples du monde en danger. Il y a urgence à mettre enfin de la cohérence entre les déclarations du Gouvernement et ses investissements », estime Ahmadou Ndiaye, porte-parole de 350.org en France.

Emmanuel Macron était, quant à lui, polarisé sur l'action diplomatique. « Le système international est parfois très lent, a concédé le président français en conclusion du sommet. Mais c'est un agenda de progrès sur la protection de la biodiversité », a-t-il estimé. Quelques minutes avant, Greta Thunberg avait tweeté : « Live from One Planet Summit : Bla bla nature, Bla bla important, Bla bla ambitious, etc.".

Réactions1 réaction à cet article

 

"Le système international est parfois très lent, a concédé le président français en conclusion du sommet." : que dire de nos rouages administratifs et économiques tricolores, pour lesquels il y a toujours plus urgent à faire que de se préoccuper d'un domaine stratégique pour l'avenir de l'humanité mais qui n'assure pas un retour sur investissement, politique et financier, immédiat dans le système comptable étriqué qui domine ?!
Les grand messes se succèdent mais les pesanteurs, si ce n'est le pied sur le frein, demeurent.
Il faut donc accorder à la voie politique l'importance qui lui revient historiquement dans la prise en compte réelle de l'urgence écologique : marginale. Raison de plus pour lui mettre la pression (c'est d'ailleurs bien ce qu'a demandé notre président de la République, non ?!) tous azimuts !

Pégase | 12 janvier 2021 à 14h53
 
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