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Actu-Environnement

Le premier Conseil de défense écologique accouche d'une souris

Réforme du code minier. Création d'un observatoire de l'artificialisation. Les annonces du Conseil de défense écologique se révèlent bien faibles. Les ONG dénoncent une opération de communication à trois jours des élections européennes.

Gouvernance  |    |  Laurent Radisson Actu-Environnement.com

Annoncé à l'issue du Grand débat national, en même temps que la Convention citoyenne sur le climat, le Conseil de défense écologique s'est réuni pour la première fois jeudi 23 mai à l'Elysée sous la présidence d'Emmanuel Macron.

L'exécutif a mis en avant les différentes politiques lancées en matière d'écologie depuis le début du quinquennat sans faire de réelles annonces. Les ONG pointent la faiblesse de l'exercice et l'opposition dénonce une opération électoraliste à trois jours du scrutin européen.

"Incompatibilité du projet Montagne d'or"

Concernant le projet Montagne d'Or en Guyane, le Conseil de défense écologique a décidé de "constater l'incompatibilité du projet actuel avec les exigences de protection environnementale". Le gouvernement n'a pas pour autant annoncé l'abandon du projet. "Montagne d'Or, je repose la question : c'est oui ou c'est non ?", interroge l'ancienne ministre de l'Environnement Delphine Batho.

Le ministre de la Transition écologique a annoncé la relance de la réforme du code minier "qui pourra être présentée en décembre prochain en conseil des ministres". "Si le gouvernement souhaite sincèrement lancer cette indispensable réforme, il doit en priorité acter l'abandon définitif du projet Montagne d'Or et nous espérons que François de Rugy le fera à l'issue de son déplacement en Guyane", a réagi Isabelle Autissier, présidente du WWF France. Cette réforme, engagée en 2009, a connu de multiples péripéties sans réussir à aboutir pour l'instant, rappelle l'avocat Arnaud Gossement qui avait remis un rapport sur la question à la ministre Nathalie Kosciusko-Morizet en octobre 2011.

Le gouvernement actuel avait préféré adopter une loi portant sur l'interdiction des hydrocarbures, repoussant à plus tard une réforme plus approfondie du code minier. En attendant, faisant un bilan d'étape du plan climat présenté en juillet 2017, il met en avant cette loi portée par Nicolas Hulot qui aurait déjà permis de refuser 42 permis de recherche d'hydrocarbures. Mais l'exécutif vante aussi les mesures d'"accompagnement social" de la transition écologique à travers l'extension et la revalorisation du chèque énergie, ainsi que la réussite de la prime à la conversion qui a démarré 2019 sur un rythme annualisé de 400.000 primes. De même que les zones à faibles émissions ou le forfait mobilités en cours de discussion dans le projet de loi sur les mobilités. Un forfait qui devrait toutefois rester facultatif pour les entreprises à en croire la mention d'"accords d'entreprises" nécessaires.

Budget vert dans la loi de finances

Le gouvernement annonce également renforcer sa mobilisation sur la rénovation énergétique des bâtiments avec l'annonce d'une réunion des ministres concernés sur les différents dispositifs d'aide d'ici quelques jours. Il met en avant un budget d'1 milliard d'euros (Md€) pour la rénovation thermique des logements sociaux et de 3 Md€ pour celle des autres bâtiments.

François de Rugy confirme vouloir porter la question de la taxation du kérosène à l'échelle européenne et engager une action en vue de modifier la convention internationale qui régit la question. En attendant, il met en avant la mise à contribution de la taxe sur les billets d'avion, votée à l'Assemblée il y a quelques jours. Mais, dans le même temps, la majorité a refusé de mettre fin à la niche fiscale dont bénéficie le secteur aérien.

Pour la première fois, 2018 a connu une baisse de la consommation de carburants et une baisse de 4,5 % des émissions de gaz à effet de serre liées à l'énergie, alors qu'on est en période de croissance économique, a vanté François de Rugy. "Nous devons aller plus loin, plus vite", a scandé Edouard Philippe sans pour autant "rompre avec l'ambition de produire davantage de richesse en France", a ajouté le chef du gouvernement. Une incantation contradictoire pour Delphine Batho puisque "le productivisme est justement la cause des destructions environnementales massives, du changement climatique et de l'extinction des espèces". Le Premier ministre a également annoncé le lancement de l'initiative France Transition écologique, traduction du rapport Canfin/Zaouati, remis en décembre 2018, qui préconise la création d'une force publique d'investissement pour la transition écologique. Il a annoncé le lancement d'un budget vert dans le projet de loi de finances pour 2020 afin de déterminer l'efficacité de la dépense publique en matière de transition écologique.

Neuf actions du plan Biodiversité réalisées sur 90

L'exécutif a annoncé la création d'un observatoire sur l'artificialisation des sols. La seule annonce nouvelle aux yeux de Génération Ecologie présidée par Delphine Batho, candidate aux élections européennes sur la liste Urgence écologie. En matière de biodiversité, François de Rugy a mis en avant neuf actions du plan Biodiversité déjà réalisées (sur 90 programmées), parmi lesquelles l'interdiction des néonicotinoides, la sortie du glyphosate en trois ans ou encore la création de l'Office français pour la biodiversité (OFB), dont la loi sera "finalisée avant l'été". Le gouvernement a également annoncé la création d'une vingtaine de réserves nationales d'ici 2022. "Combien d'entre elles seront des aires protégées de papier, sans moyen pour faire respecter cette protection, Pourquoi affaiblir en même temps le Conseil national de protection de la nature plutôt que d'étendre son pouvoir ?", interroge Maxime Combes porte-parole d'Attac sur les enjeux climatiques.

C'est donc un accueil assez glacial que les associations ont réservé aux annonces issues de ce premier Conseil écologique. "Le gouvernement n'a annoncé aucune mesure chiffrée ni aucune politique structurante. Il n'a fait que radoter sur des engagements déjà connus. Et le double-discours continue", tacle Greenpeace. Pour Clément Sénéchal, chargé de campagne Climat de l'ONG, "preuve en est finalement que ce Conseil de défense ne sert à rien d'autre qu'à brasser de l'air. Il vient s'ajouter aux multiples comités, assemblées, grands débats destinés à dissimuler le maigre bilan d'Emmanuel Macron et de son gouvernement sur le climat".

Réactions4 réactions à cet article

 

Tout ça pour ça ! Mais qu'y a-t-il donc dans les esprits de nos élites pour s'imaginer ne serait-ce qu'une seule seconde que ce genre de grand messe peut encore et toujours faire diversion auprès du public ? La méthode est usée jusqu'à la corde mais il n'y a rien à faire, ils remettent ça. N'ont-ils donc aucune autre ressource ?
Certes, la chose prend un peu de place dans l'espace médiatique du moment, mais il y a immanquablement le retour du boomerang : les gens de terrain sont exaspérés qu'on cherche une fois de plus à les bercer d'illusions. Les réactions rapportées dans l'article l'illustrent hélas parfaitement, de même que le titre de ce même article. Plus personne ne croit en ces mauvaises représentations théâtralisées et ces ronds de jambes.
Ce gouvernement poursuit les mêmes vieilles lunes que ses prédécesseurs. C'est affligeant, pathétique et forcément inquiétant au regard du retard qui continue à s'accumuler dans la mise en oeuvre de nécessaires actions concrètes et efficaces.

Pégase | 24 mai 2019 à 09h39
 
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Première de toutes les énergies renouvelables en France : Le vent que produit ce gouvernement, que de la com', de la temporisation, de l'annonce, de la manipulation. Un pas en avant sur le devant de la scène deux pas en arrière dans les coulisses.

Hugoszym | 24 mai 2019 à 10h02
 
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Je dirais même plus une souricette naine.

Mais l'important c'était de jouer cette comédie de plus juste avant dimanche.

Dommage que, à côté de celle des éGologistes, la liste des plus ou moins écologistes d'Urgence écologie n'ait aucune chance

Sagecol | 24 mai 2019 à 10h11
 
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La meilleure des climatisations: d'un côté, ceux qui brassent de l'air et de l'autre, ceux qui nous le pompent...
C'est le résumé des discours écolos de l'époque.

Albatros | 06 juin 2019 à 18h04
 
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