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Comment le secteur de l'eau aborde la reprise d'activité

La période de confinement et la crise sanitaire ont mis à l'arrêt ou reporté de nombreux chantiers ou études dans le secteur de l'eau. Différents leviers sont attendus par les acteurs du secteur pour accompagner la reprise. Tour d'horizon des possibles.

Eau  |    |  Dorothée Laperche  |  Actu-Environnement.com
Comment le secteur de l'eau aborde la reprise d'activité
Actu-Environnement Le Mensuel N°405 Cet article a été publié dans Actu-Environnement Le Mensuel n°405
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Après la période du confinement, la question qui taraude de nombreux professionnels reste : comment réamorcer la reprise des activités ? Le secteur de l'eau et de l'assainissement n'y échappe pas. Si la continuité des services d'alimentation en eau potable et de traitement des effluents a été assuré, de nombreuses opérations ont été reportées, touchant les acteurs du secteur.

Selon l'Union nationale des industries et entreprises de l'eau, 66 % des sociétés ont ainsi réalisé entre 0 et 20 % de leurs chiffres d'affaires habituel en avril 2020, et n'anticipent pas de retour à plein régime avant 2021.

Plusieurs raisons expliquent cette inertie. Outre les questions de confinement, de disponibilité et de mise en réserve des personnels, la période de flottement entre les deux tours des élections municipales n'a pas favorisé la poursuite des chantiers ou des études non-urgentes, et a fortiori le lancement de nouveaux projets. « Même si la continuité juridique était assurée (les maires, présidents des communautés de communes, des métropoles et des syndicats ont été maintenus), leur légitimité politique, pour ceux qui n'étaient pas candidats ou étaient d'ores et déjà battus mais restaient en fonction, n'était pas très bonne », précise Regis Taisne, chef du département cycle de l'eau de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies ‎(FNCCR).

Un surcoût des chantiers liés aux mesures sanitaires

Autre élément qui a contribué à repousser les chantiers : l'estimation du montant réel des surcoûts générés par les nouvelles procédures de sécurité sanitaire. « Nous constatons une grosse incertitude sur le surcoût des travaux, pointe Regis Taisne. Même sur des chantiers de pose de canalisation, suivant les entreprises et les régions, nos adhérents nous remontent des ordres de grandeur de surcoûts très variables, de 1 ou 2 % à 15 voire 20 % : un certain nombre de collectivités préfère donc attendre d'avoir des données tangibles et la levée progressive des mesures sanitaires pour reprendre les opérations moins urgentes ».

La circulaire du Premier ministre, adressée aux ministres et secrétaires d'État début juin, constitue un premier appui pour les collectivités : elles peuvent reprendre à leur compte les dispositions que devront adopter les opérateurs de l'État concernant la prise en charge des surcoûts liés à l'épidémie de la Covid-19. Mais celle-ci ne sera pas sans conséquence. « Il faudra équilibrer les budgets, note le chef du département cycle de l'eau de la FNCCR. Les budgets d'investissement ne vont pas augmenter : les 10 % de surcoût, pris pour les opérations urgentes, seront vraisemblablement compensés par une réduction des programmes de travaux futurs au second semestre 2020 et / ou en 2021 ».

Les collectivités doivent également gérer une autre conséquence de la crise sanitaire Covid-19 : comme des traces du Sars-Cov-2 se retrouvent dans les eaux usées, parmi les boues d'épuration produites durant l'épidémie, seules les boues qui ont été hygiénisées peuvent être épandues. « Il faut vider les silos pleins pour que les stations continuent à fonctionner. Des solutions se mettent en place mais cela va coûter cher, souligne Regis Taisne. Les filières d'hygiénisation par compostage ou chaulage coûtent entre trois à cinq fois plus cher que l'épandage en boue liquide. Pour l'incinération, les prix sont multipliés par dix ».

Une aide des agences de l'eau pour faire face à la crise sanitaire

Pour soutenir le secteur face aux conséquences de cette crise, les agences de l'eau ont tout d'abord initié, mi-mai, des aides d'urgence. Celles-ci concernent plus particulièrement un appui pour la prise en charge des boues d'épuration : la déshydratation, le transport, l'hygiénisation, le stockage des boues non épandables, ou encore d'investissement, par exemple pour l'achat d'une centrifugeuse. « Il ne faudrait pas que la Covid-19 marque l'arrêt de l'épandage agricole, se positionne Christophe Lime, président du réseau France Eau Publique et président de la régie des eaux de Grand Besançon métropole. Les conséquences financières seraient extrêmement importantes : nous serions contraints à des augmentations entre 10 et 15 % du prix de l'assainissement, pour pouvoir absorber ».

En parallèle, différents projets ont été lancés pour répondre aux incertitudes : constater l'infectiosité ou non du virus présent dans les eaux usées, ou montrer l'efficacité des différentes filières de traitement non hygiénisantes pour inactiver le virus.

Concernant l'assainissement non collectif, la priorité a été donnée aux contrôles sur les travaux pour ne pas bloquer les chantiers : le passage du service public d'assainissement non collectif (Spanc) doit être effectif pour les terminer. Et le retard pris pour les contrôles périodiques ou de conception doit désormais être rattrapé.

Les agences de l'eau ont lancé une seconde salve d'aides à partir de juin : les comités de bassin ont défendu auprès de Bercy un plan de soutien, décaissé sur leurs fonds propres, pour augmenter leurs soutiens financiers au secteur et accélérer les paiements. Depuis, l'ensemble des agences de l'eau ont mis en place leur dispositif, doté d'un budget plus ou moins important selon le bassin : Rhône-Méditerranée-Corse (180 M€), Seine-Normandie (140 M€), Loire-Bretagne (80 M€), Rhin-Meuse (60 M€), Artois-Picardie (49 M€) et Adour-Garonne (42 M€). L'objectif, notamment, est d'encourager les travaux qui permettront la sécurisation de l'approvisionnement en eau potable et, de façon large, l'adaptation au changement climatique.

Une attente forte des entreprises d'un levier public

 
Il ne faudrait pas que la Covid-19 marque l'arrêt de l'épandage agricole. Les conséquences financières seraient extrêmement importantes : nous serions contraints à des augmentations entre 10 et 15 % du prix de l'assainissement, pour pouvoir absorber.  
Christophe Lime, président du réseau France Eau Publique et président de la régie des eaux de Grand Besançon métropole
 
Ces aides étaient attendues par les entreprises du secteur, particulièrement pour encourager la commande publique. « Les activités françaises du secteur sont essentiellement irriguées par la commande publique locale liée aux services publics d'eau et d'assainissement, pointe le Comité stratégique de la filière Eau au Conseil national de l'industrie. L'activité des équipementiers et constructeurs est aussi dépendante de celle des industriels qui doivent traiter leurs eaux de process et leurs rejets ». Même constat du côté du Pôle de compétitivité de la filière de l'eau, France water team. Ce dernier a interrogé les adhérents des trois pôles qui le composent (Aqua-valley, Dream et Hydreos) pour faire un point sur leurs besoins et inquiétudes face à cette crise. « Les entreprises du biomonitoring, d'ingénierie ou qui fournissent des solutions d'intégration du grand cycle de l'eau, comme par exemple les toitures végétalisées, sont tributaires de la commande publique, constate Francis Bertrand, directeur général France water team. Globalement, tout le monde regarde la rentrée avec inquiétude en s'interrogeant sur la mise en œuvre des plans de relance ».

L'ensemble des acteurs, privés comme publics, attendent également des consignes « de bienveillance » de la part de l'Administration par rapport aux contrôles réglementaires non essentiels.

« J'ai demandé à nos services les capacités financières que nous pourrions mettre en œuvre pour 2020 et 2021 pour augmenter nos investissements et donner de la lisibilité aux entreprises, indique Christophe Lime. Mais pour pouvoir débloquer ces fonds, nous aurons besoin de souplesse sur, par exemple, les critères de connaissance de nos réseaux. Nous ne pourrons pas assurer des investissements importants et les mêmes contraintes qu'avant ».

Endettement, crise économique et sociale, une des craintes pour l'avenir reste toutefois une révision à la baisse des investissements envisagés avant la crise.

Un nouveau plan de soutien à la rentrée ?

Les comités et les agences de l'eau devraient présenter un plan de soutien complémentaire en septembre. Ce dernier devrait aborder un point sensible, porté par de nombreux acteurs : l'abandon ou, à défaut, l'augmentation du plafond mordant dans le cadre du projet de loi de finances rectificative pour 2020. Le Gouvernement a en effet mis en place, en 2019, un mécanisme qui lui permet de ponctionner chaque année les recettes des agences de l'eau qui excèdent le montant maximum fixé.

Un des risques est que l'option retenue ne soit qu'un calcul du plafond mordant sur deux ans, au lieu d'un, pour prendre en compte la crise sanitaire.

« Les agences de l'eau sont un levier important pour un certain nombre de projet annoncés dans le cadre des Assises de l'eau : renforcer le caractère pollueur-payeur ; travailler à rééquilibrer les redevances usagers domestiques, professionnels et agricoles ; intégrer les atteintes à la biodiversité. Si l'enveloppe reste constante, il y a un risque que cela ne se fasse pas », prévient Regis Taisne.

Pour la FNCCR, une augmentation des capacités financières du Fonds de prévention des risques naturels majeurs (fonds Barnier) est également indispensable. « Nous avons eu de la chance que la crise ne soit pas intervenue en période d'inondation ou de canicule, mais ces deux enjeux restent et il faut s'y préparer », complète Regis Taisne.

Un soutien des Régions est également attendu à travers les Fonds européen de développement Régional (Feder) ou Fonds européen agricole pour le développement rural (Faeder). « Le secteur de l'eau est tributaire ou contributeurs de plusieurs marchés et filières, pointe Francis Bertrand, directeur général France water team. Le niveau communautaire, est le reflet de ce qu'il va se passer en France. Nous serons connectés à plusieurs plans ».

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